Le départ juin 1962

La situation était critique. En vertu des accords passés, l'armée laissait progressivement les endroits stratégiques à la rebellion. Dans le village encerclé, le maître d'école et une poignée d'habitants occupaient le terrain. Pour des questions de sécurité, les femmes et les enfants avaient deserté les lieux. On disait que la rebellion ne ferait pas de quartier, tout serait détruit. A distance, un peloton de l'armée garantissait l'application des accords. Les villageois n'avaient affaire qu'à l'officier. Il leur avait transmis la date de départ de ses hommes. Rien n'était négociable, c'était à prendre ou à laisser S'ils le souhaitaient, ils pouvaient se joindre à eux. Les esprits étaient chauffés à blanc.

La résistance leur avait distribué quelques armes de poing, il n'y en avait pas pour tout le monde. Certains villageois voulaient se battre, d'autres hésitaient, d'autres enfin jugeaient la partie inégale. La date fatidique arriva, les hommes comprirent qu'ils étaient abandonnés de tous. La mort dans l'âme, ils réunirent quelques affaires personnelles avant de monter dans les véhicules militaires. L'instituteur visita une dernière fois sa classe, sortit un lot de porte-plumes, les disposa en batterie bien en vue sur les tables de la première rangée. Il dirigea les plumes vers la porte d'entrée ; Sur le tableau, de sa plus belle écriture, il inscrivit la phrase suivante : qui que tu sois, sers-toi.

Cette histoire vraie s'est passée à quelques kilomètres de Sidi-bel-Abbès

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