C’était pour moi le filtre de l’escapade et du dépaysement. Je ne trouvais pas au centre de mon bel Oran, ces petites oasis cachées, semi-sauvages, insoupçonnées, où l’odeur de la menthe, de l’aubépine et de l’oranger en fleur, faisait flotter dans l’air des senteurs paradisiaques. Après de brèves ablutions dans cette eau glacée, au mépris des recommandations de ma tante, nos pieds et nos mains engourdis, étaient bien vite ragaillardis, et nous entreprenions une longue marche sur les rives parsemées de gros coquelicots, de boutons d’or, de soucis sauvages, dont l’oranger vif aux reflets de feu semblait renfermer en lui toutes les ardeurs du soleil, de grosse marguerites, que nous effeuillions en pensant secrètement à quelque galopin qui faisait battre nos cœurs, et de petites ‘’ gouttes de sang’’ presque invisibles au ras du sol. Nos pas d’enfant nous menaient jusqu’à la voie ferrée, pour nous les portes du désert, et s’aventurer plus loin aurait été hasardeux. Alors nous effeuillions quelques artichauts sauvages qui se défendaient de leurs piquants, et nous repartions les mains en sang et la bouche amère. Sur le chemin du retour, nous nous parions de grandes feuilles de mauves que nous enlacions les unes aux autres en fendant légèrement le bout de chaque tige.