Des barraques en planche servirent de logement à la troupe, d'hôpital, de magasins des subsistances militaires, etc. il était facile, de ce point avançé, de se porter rapidement sur les tribus dans lesquelles l'agitation se manifestait.
Dans les premiers jours de 1845, une forte colonne était partie pour aller chez les Ouled-Seliman, emmenant tous les hommes valides, et laissant la garde de la redoute aux convalescents et aux hommes hors d'état de supporter les fatigues de la marche. Le 30 Janvier, au matin, cette faible garnison voit une bande d'Arabes se diriger vers la redoute sans apparence hostile. Les hommes qui la composent, couverts de haillons, n'ayant qu'un simple bâton à la main, et récitant des prières, se présentent devant la redoute, où on les laisse pénétrer sans défiance, croyant qu'ils vont en pélérinage à la Koubba voisine, et que la curiosité seule leur fait visiter un établissement aussi nouveau pour eux. Tout à coup, le dernier se précipite sur le factionnaire de la porte d'entrée, sorti la veille de l'hôpital, et, d'un coup de son bâton, le renverse dans le fossé. En même temps, ceux qui étaient entrés, tirant des armes cachées sousleurs burnous, se ruent sur nos soldats surpris par une attaque si subite et si imprévue. Mais cette surprise dure peu. Grâce au sang-froid et à l'énergie de l'officier comptable de l'hôpital militaire, les soldats les plus valides se rallient, reprennent
l'offensive, et mettent bientôt en déroute ces fanatiques, qui cherchent en vain à fuir ; la porte de la redoute avait heureusement été fermée dès le commencement de l'attaque pour prévenir l'introduction de nouveaux ennemis. Ces insensés furent tous exterminés : il en était entré cinquante huit ; pas un seul ne sortit. De notre côté, nous avions eu six hommes tués et vingt-six blessés, parmi lesquels l'officier comptable, qui eut la main traversée par une balle.
Les représailles furent promptes et énergiques. La tribu des Ouled-Brahim, d'où étaient sortis ces malheureux fanatiques, à laquelle appartenait le marabout dont les prédications les avaient excités, fut sévèrement châtiée. On lui fit vingt prisonniers, dont le plus compromis fut condamné à mort par le conseil de guerre d'Oran.
Ce fait d'armes est le seul qui s'attache au nom de Sidi-Bel-Abbès. Son histoire, toute pacifique désormais, n'est plus que celle du développement de la population et de la colonisation. Le stationnement sur ce point d'une forte garnison y attira quelques cantiniers et quelques-uns de ces marchands qui suivent toujours les soldats. Ceux-ci attirèrent à leur tour quelques jardiniers, quelques ouvriers d'art, et il se forma autour de la redoute un noyau
de population installée sous des tentes, des gourbis ou cabanes en branchages, et des barraques en planches.
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